Ne choisissez pas le bon élevage, apprenez à repérer les incohérences

Ne cherchez pas à confirmer qu'un élevage est sérieux. Cherchez à savoir si tout est cohérent.
Quand on cherche un chaton, on a souvent envie de savoir comment reconnaître un bon élevage.
On cherche les tests de santé, les pedigrees, les beaux reproducteurs, les installations propres, les avis des familles, les jolies photos sur les réseaux sociaux. On compare les sites, les prix, les titres obtenus en exposition.
Toutes ces informations peuvent être utiles.
Mais après des années d'élevage, j'en suis arrivée à une autre conclusion : il n'existe pas de critère unique qui permette de dire qu'un élevage est sérieux.
Et surtout, lorsqu'on visite un élevage, je pense qu'il ne faut pas chercher à confirmer qu'il est « bon ».
Il faut chercher à savoir si tout est cohérent.
Le piège : chercher à se rassurer
Lorsqu'on a trouvé un chaton qui nous plaît, quelque chose se passe assez facilement dans notre tête. On a envie que ce soit le bon.
On commence alors à chercher les éléments qui vont confirmer notre première impression :
« Les parents sont testés. »
« Les chatons sont magnifiques. »
« L'éleveur a beaucoup d'abonnés. »
« Il a des champions. »
« Il est inscrit au LOOF. »
« Les locaux sont propres. »
Et on se dit : ça y est, c'est un élevage sérieux.
Le problème, c'est qu'on peut faire exactement la même chose avec une information qui devrait nous interroger.
On peut avoir tellement envie de ce chaton qu'on devient moins attentif à ce qui ne correspond pas à l'image que l'on s'était faite.
C'est ce qu'on appelle le biais de confirmation : on remarque plus facilement ce qui confirme notre choix que ce qui pourrait le remettre en question. Et ce biais ne concerne pas uniquement les adoptants.
Les éleveurs peuvent eux aussi tomber dans ce piège
Je le sais parce que cela m'est arrivé.
Il m'est arrivé d'avoir besoin financièrement de vendre un chaton et d'être moins sélective que je ne l'aurais été dans une autre situation.
J'avais vu certaines choses. Mais je me disais :
« Oui, bon… quand même. »
J'ai accepté de ne pas leur donner suffisamment d'importance.
Et certaines des fois où je n'ai pas écouté mon instinct parce que j'avais absolument besoin de vendre sont précisément celles qui m'ont ensuite apporté des problèmes.
C'est une expérience que je garde en tête aujourd'hui : lorsqu'on veut vraiment voir les incohérences, on les voit beaucoup mieux.
Encore faut-il accepter de les regarder.
Aucun test, aucun pedigree et aucune belle photo ne suffit

Il est tentant de chercher une sorte de « preuve » du sérieux d'un élevage.
Mais un pedigree ne garantit pas à lui seul la qualité de l'élevage.
Des tests de santé sont importants, mais la présence de tests ne dit pas tout de la manière dont l'éleveur travaille.
De belles photographies ne prouvent rien sur les conditions de vie des animaux.
Des titres de champions ne permettent pas davantage de connaître la relation que l'éleveur entretient avec ses chats.
Même l'ancienneté ne suffit pas.
Le sérieux ne se résume pas à une case cochée.
Ce qui m'intéresse beaucoup plus, c'est l'accumulation de petits éléments et surtout leur cohérence.
Est-ce que ce que l'éleveur me raconte correspond à ce que je vois ?
Est-ce que sa façon de parler de ses animaux correspond à la manière dont il se comporte avec eux ?
Est-ce que ses choix sont cohérents avec les valeurs qu'il affirme défendre ?
Et surtout : que fait-il lorsqu'il est confronté à une situation qui lui coûte quelque chose ?
La question que je poserais à un éleveur : « Avez-vous déjà refusé une vente ? »
Si je devais poser une seule question à un éleveur pour essayer de comprendre sa façon de travailler, ce serait probablement celle-ci :
« Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de refuser de vendre un chaton ? Et pourquoi ? »
Je trouve cette question beaucoup plus révélatrice qu'une longue liste de questions techniques.
Parce qu'il est relativement facile d'expliquer ce que l'on fait de bien.
Il est beaucoup plus intéressant de savoir ce que l'on est capable de refuser.
Refuser une vente peut avoir des conséquences très concrètes pour un éleveur.
Le chaton reste à la maison.
Il faut continuer à le nourrir, à le soigner, à le vacciner, à le surveiller.
Une nouvelle portée peut arriver.
Les charges continuent.
Et lorsqu'un élevage est financièrement fragile, comme peuvent l'être beaucoup d'élevages, dire non n'est pas forcément une décision confortable.
Pourtant, il faut parfois être capable de se dire :
« J'ai besoin de vendre, mais cette personne n'est pas la bonne personne pour ce chaton. »
C'est difficile.
Mais à mes yeux, c'est précisément là que les principes deviennent concrets.
Le luxe de pouvoir dire non
Je parle parfois du « luxe de pouvoir ne pas vendre ».
Mais ce luxe n'est pas nécessairement celui d'un éleveur riche.
Il peut simplement s'agir de la capacité à accepter une difficulté financière supplémentaire plutôt que de prendre le risque de confier un animal à une famille dont on pense qu'elle ne lui conviendra pas.
J'ai déjà vécu ce conflit intérieur.
D'un côté :
« J'ai besoin de vendre.
Il faut payer les croquettes,
les soins, les charges. »
De l'autre :
« Je ne le sens pas. »
Et il faut choisir.
Ce choix peut provoquer de la culpabilité.
On peut se demander si l'on est en train de mettre sa propre famille en difficulté pour une décision qui concerne un chaton.
Mais il peut aussi y avoir une forme de fierté après coup : celle de s'être protégée, d'avoir protégé l'animal et, finalement, d'avoir évité un problème qui aurait pu être beaucoup plus lourd à gérer.
Car une mauvaise vente ne coûte pas toujours seulement de l'argent.
Elle peut entraîner un retour d'animal, des conflits, des incompréhensions, des procédures ou simplement une charge psychologique importante.
Dire non aujourd'hui peut parfois éviter un problème beaucoup plus important demain.
Observez aussi la manière dont l'éleveur parle de ses animaux.
Il y a des choses que je ne sais pas mesurer.
Je ne peux pas leur donner une note sur dix.
Mais elles comptent énormément pour moi.
C'est notamment la façon dont un éleveur parle de ses animaux et de son métier.
Est-il encore passionné par ce qu'il fait ?
Est-il intéressé par ses animaux ?
Parle-t-il d'eux comme d'individus qu'il connaît réellement ?
Ou semble-t-il complètement épuisé, désabusé, détaché de son activité ?
Attention : un éleveur peut être fatigué.
L'élevage est un métier exigeant. Il y a des périodes difficiles, des nuits courtes, des problèmes vétérinaires, des portées compliquées et des moments où l'on est simplement épuisé.
Ce n'est pas cela qui m'alerte.
Ce qui m'interroge davantage, c'est un désengagement profond et durable.
Parce qu'un métier qui demande autant d'investissement ne peut pas être correctement exercé lorsque l'on ne supporte plus ce que l'on fait.
Ce n'est pas un critère que l'on peut cocher sur une fiche.
C'est quelque chose que l'on ressent dans une conversation.
Une famille peut aussi avoir de bonnes intentions et ne pas être prête.
J'ai également refusé une famille avec trois enfants.
Les enfants étaient très enthousiastes. Trop enthousiastes.
Je leur expliquais qu'un chaton n'était pas un jouet. Qu'il ne fallait pas courir derrière lui, crier, le réveiller ou lui attraper les pattes.
Les mêmes comportements se reproduisaient.
Et ce qui m'inquiétait finalement autant que le comportement des enfants, c'était la réaction des parents.
Ils ne posaient pas suffisamment les limites nécessaires.
J'ai fini par leur dire que je ne pensais pas qu'ils étaient prêts à accueillir ce chaton.
Ils l'ont mal pris.
Mais là encore, ma décision ne reposait pas sur un élément isolé.
Elle reposait sur l'ensemble des signaux que j'avais observés.
Le chaton n'est pas un objet que l'on choisit sur photo
Il existe une autre incohérence fréquente : confondre le chaton que l'on trouve le plus beau avec celui qui nous correspond le mieux.
Je me souviens d'une famille venue choisir un chaton lilac point.
La dame avait vu sa photo et voulait absolument celui-là.
À cette époque, j'avais deux chatons qui correspondaient à ce qu'elle recherchait physiquement.
Elle insistait.
Mais je regardais les chatons interagir avec elle.
L'un venait vers elle, restait près d'elle, la regardait et la recherchait spontanément.
L'autre avait manifestement autre chose à faire.
Au bout de quelques minutes, j'avais déjà une idée assez précise de celui qui allait réellement créer une connexion avec elle.
Je lui ai dit, en plaisantant :
« Non, ce n'est pas celui-là que vous allez prendre. »
Elle ne comprenait pas pourquoi.
Alors je lui ai demandé de regarder.
Pas la couleur.
Pas la photo.
Le comportement.
Finalement, elle a choisi l'autre chaton.
Et c'était effectivement le bon choix pour elle.
C'est aussi le travail de l'éleveur : connaître suffisamment ses chatons pour pouvoir aider une famille à dépasser son premier coup de cœur et à regarder le tempérament de l'animal.
Mais même un bon « match » n'est jamais une garantie
C'est une chose importante à comprendre.
Un éleveur peut observer un chaton pendant plusieurs mois, connaître son tempérament et essayer de le mettre dans une famille adaptée.
Mais il ne contrôle pas ce qui se passera ensuite.
Un chaton très câlin peut devenir beaucoup plus méfiant si son nouvel environnement est source de peur ou si son éducation est brutale.
Un chat qui monte sur la table peut être éduqué à ne pas y aller.
Mais la manière dont la famille va lui apprendre cette règle aura aussi une influence sur la relation qu'elle construit avec lui.
Le bon chaton dans la bonne famille n'est donc que le début de l'histoire.
Et si l'éleveur s'est trompé ?
Je me suis trompée.
Cela aussi fait partie de mon expérience.
Dans certaines situations, j'ai été moins sélective parce que j'avais besoin de vendre.
Mais il m'est également arrivé de ne pas poser une question essentielle.
Une jeune femme était venue pour adopter un chaton. Son projet semblait réfléchi, tous les critères semblaient bons.
Mais je n'avais pas pensé à lui demander une chose pourtant fondamentale :
Est-ce que toutes les personnes qui vivent avec vous sont d'accord avec cette adoption ?
Une semaine après, elle m'a appelée.
Son mari n'était pas d'accord.
Elle avait pris la décision seule.
Le chaton est revenu chez moi.
À l'époque, je lui ai rendu ses chèques.
Un mois plus tard, elle m'a rappelée : son mari était désormais d'accord.
J'ai accepté de lui confier à nouveau un chaton, mais en posant cette fois une condition beaucoup plus claire.
Cette expérience m'a appris quelque chose : la sélection n'est pas une science exacte.
Elle peut être excellente et malgré tout comporter des angles morts.
Mais elle devient particulièrement dangereuse lorsqu'on commence à voir un signal et qu'on décide volontairement de ne pas en tenir compte.
Ce qui compte vraiment : la cohérence
Alors, comment savoir si un élevage est sérieux ?
Je pourrais vous donner une liste.
Vérifiez les reproducteurs.
Regardez les conditions de vie.
Demandez les pedigrees.
Renseignez-vous sur les maladies de la race.
Demandez quels tests sont réalisés et pourquoi.
Lisez le contrat.
Posez des questions sur le suivi après adoption.
Tout cela est utile.
Mais je préfère vous donner une consigne plus difficile :
Ne cherchez pas l'élevage qui vous donne le plus de raisons d'être rassuré. Cherchez celui dont l'ensemble du projet vous paraît cohérent.
Écoutez ce que l'éleveur dit.
Regardez ses animaux.
Observez son comportement.
Posez des questions auxquelles il ne s'attend peut-être pas.
Demandez-lui s'il a déjà refusé une vente.
Demandez-lui pourquoi il fait ce métier.
Et surtout, ne laissez pas votre envie d'obtenir le chaton vous empêcher de regarder ce qui pourrait vous faire changer d'avis.
Parce qu'au fond, c'est peut-être cela le plus difficile dans le choix d'un élevage : accepter de renoncer à un chaton que l'on désire lorsque quelque chose ne nous paraît pas cohérent.
C'est exactement ce que l'on demande à un éleveur sérieux lorsqu'on attend de lui qu'il sache dire non.
Et c'est peut-être pour cela que la sélection devrait toujours fonctionner dans les deux sens.
L'éleveur choisit la famille.
La famille choisit l'éleveur.
Et, idéalement, les deux devraient être suffisamment libres de dire non pour que le chaton soit finalement confié au bon endroit.
Ce que cette expérience m'a appris
Je n'ai pas de méthode infaillible.
Je me suis trompée.
J'ai parfois vu des choses que je n'ai pas voulu voir.
J'ai parfois accepté une vente alors que mon instinct me disait de patienter.
Et c'est justement pour cela qu'aujourd'hui, je me méfie des certitudes.
Je ne crois pas qu'un élevage sérieux soit celui qui présente le plus de garanties sur le papier.
Je crois davantage à la cohérence entre ce que l'on dit, ce que l'on fait, la manière dont on traite ses animaux et les décisions que l'on prend lorsque ces décisions deviennent difficiles.
C'est cette cohérence que je vous conseille d'apprendre à regarder.
Questions fréquentes
Comment savoir si un élevage est vraiment sérieux ?
Il n’existe pas un seul critère qui permette de le savoir. Un pedigree, des tests de santé, de beaux locaux ou une présence active sur les réseaux sociaux ne suffisent pas à eux seuls. Ce qui compte, c’est la cohérence entre ce que l’éleveur dit, ce que vous observez et les décisions qu’il prend.
Quelle question poser à un éleveur pour mieux comprendre sa façon de travailler ?
Une question particulièrement révélatrice est : « Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de refuser de vendre un chaton, et pourquoi ? » La réponse permet souvent de comprendre les valeurs de l’éleveur et la place qu’il donne au bien-être du chaton dans sa décision de vendre.
Comment choisir le bon chaton dans une portée ?
Il ne faut pas se fier uniquement à la couleur, au sexe ou à la photo d’un chaton. Son comportement, sa façon d’entrer en contact et son tempérament peuvent donner des indications importantes sur la compatibilité avec une famille. L’éleveur, qui connaît les chatons au quotidien, peut aider à faire ce choix.
Que se passe-t-il si l’adoption ne se passe pas comme prévu ?
Un éleveur responsable devrait rester disponible après l’adoption. Une difficulté de comportement, un problème d’alimentation ou une question de santé peut survenir. Dans mon élevage, les familles savent qu’elles peuvent me contacter et qu’une solution doit être recherchée avant qu’une situation ne devienne trop difficile.
Rachel Villemin
Eleveuse de Sacrés de Birmanie



